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Amnesty relève les compteurs par Gérard Biard

Dommage, vraiment dommage que, dans l’affaire du Carlton, le tribunal de Lille ait acquitté Dodo la Saumure. Cela nous aurait donné l’occasion d’admirer de belles affiches estampillées Amnesty International, où, sur fond de menottes ensanglantées, la trogne couperosée du maquereau préféré de DSK aurait surplombé le slogan « Free, Dodo, Free ! ». Mais la justice ayant décidé de laisser le pourvoyeur de chair fraîche en liberté, l’ONG de défense des prisonniers d’opinion se voit privée d’une campagne qui lui aurait permis d’inaugurer par un coup d’éclat son nouveau champ d’action politique.

Car, lors de la réunion du Conseil international d’Amnesty, qui se tenait à Dublin mi-août, les délégué(e)s de sections du monde entier ont planché sur une question d’importance : faut-il inscrire le proxénétisme parmi les droits de l’homme ? Après quatre jours d’ardents débats, la réponse est tombée : c’est oui. Et c’est un droit bafoué par tous ces pays abolitionnistes, comme la Suède, la Norvège et, peut-être, bientôt la France, qui pénalisent la libre entreprise et les échanges internationaux, qui mettent en place des programmes d’aide et de réinsertion pour détourner d’honnêtes travailleuses de leur devoir, et qui, de surcroit, jettent l’opprobre pénal sur de braves citoyens innocents ne faisant que répondre à l’appel de la nature.

Certes, Amnesty ne le dit pas vraiment comme ça. Elle appelle à une « dépénalisation » de la prostitution. Pas seulement la dépénalisation de l’activité de se prostituer — ce qu’ont fait tous les pays abolitionnistes —, mais aussi, surtout serait-on tenté de dire, de toutes les activités liées au « travail sexuel entre adultes consentants ». Donc, le proxénétisme — le proxénète est généralement consentant. Mais attention, pas le proxénétisme qui évolue dans la prostitution où les filles sont enlevées, vendues, battues, violées, torturées, droguées, rackettées et mises sur le marché comme des pièces de bidoche, bien sûr. Ce n’est pas cette prostitution-là, affreuse et bien-entendu-condamnable-mais-comment-donc-vous-pensez-bien-la-traite-et-les-réseaux-quelle-horreur, qu’Amnesty entend promouvoir, mais l’autre, la « bonne », la « traditionnelle », celle où les « travailleurs du sexe » sifflent en suçant.

Pour ce faire, les juristes de l’ONG mettent en avant un concept, disons, amusant : le proxénétisme « non coercitif ». En clair, le maquereau cool, le patron de bordel humaniste, le chef de réseau câlin, qui ne sauraient faire l’objet de poursuites pénales injustifiées.

C’est un bel aveu. Demander la dépénalisation du proxénétisme « non coercitif », c’est reconnaître que cette fameuse prostitution « indépendante » et « consentie » brandie par tous les réglementaristes est, sinon un pur fantasme, en tout cas un phénomène extrêmement marginal, et que la prostitution ne va pas sans proxénétisme. C’est admettre que les législations votées par les pays réglementaristes comme l’Allemagne ou les Pays-Bas ont consisté en premier lieu à donner des droits non pas aux personnes prostituées, mais à ceux qui les « emploient » — avec les résultats que l’on sait, confirmés par les polices locales : effet d’aubaine pour les réseaux de traite, fragilisation accrue des personnes prostituées, open bar pour l’exploitation. C’est avouer enfin que ce qui se cache derrière la défense des « travailleurs du sexe » n’est rien d’autre qu’un lobbying acharné pour faire du proxénétisme, petit ou grand, une activité commerciale comme une autre. Que c’est avant tout de la défense des patrons du sexe qu’il est question.

On remercie Amnesty International pour cette belle franchise. Et on attend avec impatience son prochain Conseil international, où elle nous annoncera qu’elle ne fait plus de l’abolition de la peine de mort un principe, se contente de demander des conditions d’exécution sympas, et dénonce les conditions de travail inhumaines des bourreaux.

19 août 2015

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