Action n°8

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20 juillet 2012

« Et puis quoi encore ? »
La sexualité avec désir réciproque !

Lettre ouverte à M. Michaël Moglia membre du conseil national du Parti socialiste, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, auteur d’une tribune parue dans Libération (16 juillet 2012) « Prostitution : pénalisation des clients… et puis quoi encore ? »

« Et puis quoi encore ? », demandez-vous, M. Moglia, comme si proposer de pénaliser les clients-prostitueurs était déjà exorbitant. Pour vous, « le travail sexuel [est] un choix professionnel digne de respect », et c’est sans doute celui que vous recommandez aux chômeuses et aux chômeurs de la région du Nord-Pas-de-Calais dont vous êtes un élu.

Élu socialiste, vous soutenez une position ultra-libérale, assimilant la sexualité humaine à un domaine de marchandisation. À vous lire, une pipe est un service analogue à une coupe chez le coiffeur ou à une vidange-graissage au garage.

Élu socialiste, vous défendez « la liberté de recours tarifé à des services sexuels » c’est-à-dire le droit du plus fort, de ceux qui ont de l’argent, à disposer du sexe de pauvres.

Élu socialiste, vous proposez de cesser de « cacher la prostitution », et plutôt de la réglementer, c’est-à-dire d’ouvrir des « bordels ». Est-ce en payant de votre personne que vous avez procédé à cette « observation lucide et sans tabou des “bordels’’ étrangers » dont vous affirmez qu’il faut « tirer profit » ? Quel profit ? Quel intérêt trouvez-vous à préserver ainsi le système prostitueur ?Relocaliser des emplois dans le Nord-Pas-de-Calais ?

Homme politique de gauche, comment pouvez-vous tenir un discours machiste aussi réactionnaire, en revendiquant « le droit d’entrer dans une relation sexuelle tarifée » ? Le droit de qui ? Et donc le devoir de qui ?

Ne parlez pas en notre nom ! Nous, hommes qui refusons de payer pour un acte de prostitution, nous sommes la majorité. Nous disons oui à la liberté sexuelle dans la réciprocité des désirs et des plaisirs.

« Et puis quoi encore ? », demandez-vous. Encore plus : un projet de civilisation fondé sur la liberté et l’égalité ! Un monde sans prostitution ! Un monde où pipe, cunni et autres joies du sexe seront sans prix, ce qui leur donnera toute leur valeur !

***

« What else do we want? »
Sexuality with mutual desire!

Zeromacho (international network of men against prostitution with 987 members in 40 countries) wrote an open letter to a French socialist politician, Michaël Moglia, about an article published in the French daily Libération(July 16 edition).

M. Moglia is opposing the penalization of clients, and supporting the opening of brothels, as for him « sexual work is worth of respect« , and « the freedom for paying for sexual services » must be defended as a right.

Zeromacho is questioning M. Moglia’s interest for this very particular type of « work » : is he considering it as a way to solve employment problems in his region? How can he, as a Socialist, defend such a « right » like that for those who have the power of money, rather than defending the victims of a violent and oppressive system?

Mr. Moglia is not speaking in our names as we, Zéromacho men, are the majority of men. We say NO to prostitution and YES to sexual freedom with shared desires and pleasures.

***

Henri Boulbés (Paris)
Monsieur,
Dans une récente tribune publiée par Libération, vous vous élevez contre les projets de pénalisation des clients, en affirmant que la prostitution est « un choix professionnel » comme un autre. J »en déduis donc que, le cas échéant, vous féliciteriez chaudement votre fille de choisir cette carrière, et que vous lui chercheriez aussitôt une formation adaptée. L’éducation nationale et le privé confessionnel sous contrat n’offrant pas ce type d’études, il vous resterait le privé libre et payant…Vous défendez aussi « la liberté du recours tarifé à des services sexuels », ce qui revient à dire qu’avec l’argent, on peut tout faire, et tout exiger, d’une prostituée, sans trop se soucier de savoir si elle est réellement consentante, ce qui est plus que douteux, et sans prendre en compte ses souffrances, les violences qu’elle a subies, et le chemin qui l’a conduite à exercer ce prétendu « métier ». Et, pour couronner le tout, vous réclamez la réouverture des bordels, dont on sait par expérience qu’ils n’empêchent ni la prostitution clandestine, ni le proxénétisme. Il ne semble pas que vous partagiez, si peu que ce soit, les idéaux progressistes des socialistes, bien que vous soyez élu sous cette étiquette. Vous aurait-il échappé que M. Hollande, qui est clairement abolitionniste, était le candidat du parti auquel vous appartenez, et auquel vous ne faites pas honneur en adoptant des positions d’extrême droite ?
Lucas Chuffart (Lille)
Monsieur,
Alors qu’une ministre de la République essaie courageusement d’enrayer le mécanisme de la prostitution en faisant peser la responsabilité de ce fléau social aussi sur les prostitueurs, vous intervenez, en tant qu’homme politique, et lancez un « et puis quoi encore ? »Si vous aviez du respect pour les personnes prostituées, qui le sont presque toujours contre leur gré et pour des motifs économiques (vendre son corps pour tenter de survivre), vous n’emploieriez pas une telle expression.
Un grand nombre d’associations et de réseaux, dont Zéromacho, soutiennent l’arrêt de la prostitution et certains pays, dont la Suède, nous montrent l’exemple dans ce domaine, avec une éducation au respect entre femmes et hommes qui commence dès l’enfance et l’adolescence.Votre « et puis quoi encore ? » risque fort de se retourner contre vous dans ce combat pour lutter contre des pratiques culturellement et socialement dépassées : en effet, elles manquent au respect élémentaire de chaque être humain qui n’est pas un objet de consommation. Votre expression marque une volonté de domination et un souhait de voir perdurer un système proche de l’esclavagisme. À nous de dire : « Et puis quoi encore ? »Salutations.
Georges Giraud (Athènes)
Monsieur,
Je tiens à vous faire part de ma surprise concernant votre tribune parue dans le journal Libération le 16 juillet 2012.
Pour vous, « le travail sexuel [est] un choix professionnel digne de respect ».
De mon temps (j’ai 64 ans), il n’y avait que deux choix possibles : le travail intellectuel et le travail manuel.
Aujourd’hui, vous ouvrez la voie à un troisième : le travail sexuel.C’est sûrement, de votre point de vue, une bonne chose dans la crise actuelle et un bon moyen de réguler le chômage.
Vos enfants et vos petits-enfants vous seront reconnaissants de leur ouvrir cette troisième perspective que, je n’en doute pas, certains d’entre eux choisiront avec votre assentiment et, je pense, une certaine fierté.
Mais beaucoup de chemin reste à parcourir : ouverture de centres de formation à partir de la Troisième ou, pour ceux et celles qui choisiront de faire des études universitaires, institution d’un bac spécifique.Et, pourquoi ne pas envisager une licence (le mot est mal choisi) et un doctorat ? Je vous laisse le choix des contenus des travaux universitaires enseignés en travail de groupe (TP) et des mémoires rédigés avec des directeurs, dont vous ferez probablement partie.Respects citoyens
Jean-Michel de Chaisemartin (Brest)
Monsieur,
Dans la tribune que vous avez signée dans Libération du 16 juillet, sous le titre « Et puis quoi encore ? », vous affirmez que « le travail sexuel [est] un choix professionnel digne de respect ».
Votre opinion est si affirmée qu’elle fait entendre trop fort les doutes et interrogations qu’elle masque.
Ils sont poignants et m’amènent à vous suggérer une voie de recherche.
Élu, proche du terrain, vous n’inciteriez sûrement pas les personnes qui vous ont – ou non – élu pour les représenter à prendre des risques que vous n’auriez pas évalués au plus juste.
Puisque vous affirmez qu’il faut « tirer profit de l’observation lucide et sans tabou des “bordels’’ étrangers », ne pourriez-vous envisager d’y faire un rapide « voyage d’étude professionnel » ?J’ignore si vous avez été coiffeur ou garagiste, mais vous pourriez plus facilement argumenter qu’une pipe est un service analogue à une coupe ou à une vidange-graissage, après une journée (une seule devrait vous suffire) passée à offrir votre propre corps et ses diverses ressources aux caprices de qui veut – et peut – les acheter.
Cela vous permettrait sûrement d’étayer concrètement une prochaine tribune que nous attendons avec hâte pour nourrir le débat en cours.Dans l’attente…
Gilles Moussoux (Villard)
Monsieur,
Si en tant que personne je vous reconnais le droit à la liberté d’expression, en tant qu’élu j’estime que vous devez faire preuve de discernement. Donc,
je vous demande d’observer une certaine réserve quant à des sujets aussi honteux que la prostitution. De la défense à la promotion il n’y a souvent qu’un
pas. Or une grande partie des personnes prostituées peuvent être assimilées à des esclaves et non à des travailleuses.
C’est avec un certain dépit que je vous écris, car j’ai des attentes au sujet du parti auquel nous appartenons tous deux. Vous seriez un libéral affiché que je m’opposerais à vous sans la tristesse qui m’anime en cet instant, après avoir lu un texte où un socialiste exprime de telles sottises.
Je ne peux que vous souhaiter d’évoluer afin de rejoindre l’idéal qui devrait animer l’homme de gauche que vous prétendez être. Je ne peux qu’espérer que votre tribune dans Libération relève plus d’une bêtise à oublier que de fondements aussi malsains qu’inadaptés à votre mandat.
Proposer la réouverture des maisons closes est selon moi une ignominie. Toute volonté de faire de la prostitution un axe professionnel me semble une atteinte à la dignité humaine. Se donner bonne conscience ne signifie pas avoir une conscience ; ainsi, en prétendant vouloir défendre les intérêts des personnes prostituées, c’est le capitalisme que vous défendez !En attendant que vous grandissiez.
Franck Mathieu (Nancy)
Comme on punit les receleurs, on doit punir plus encore les clients des prostituées. Il n’y a aucune misère, aucun sacrifice, qui puisse valoir la plus petite domination d’un individu, homme ou femme, par un autre.
Vous avez écrit le 16 juillet dans Libération un article qui vous déshonore, ainsi que ceux qu’en tant qu’homme politique vous prétendez représenter.
« Qu’il est mélancolique de constater que même les grands hommes ont de petites relations ! » (Dickens, La Maison d’Âpre-Vent)
Un conseil, peut-être : plutôt que de vous réclamer d’un parti dont le nom même est embarrassé par votre conviction, lire Dickens vous donnerait les
clefs de la compréhension du socialisme.
Sans haine autre que pour une idée.
Réponse de M. Moglia à la lettre ouverte de Zéromacho, 31 juillet 2012
Messieurs,
Suite à la publication de ma tribune dans le journal Libération du 16 juillet dernier, vous m’avez adressé une lettre ouverte dans laquelle vous vous référez à l’idéal d’un « monde sans prostitution ».Dans l’idéal, je préférerais moi aussi que la prostitution n’existe pas, que l’argent n’intervienne pas dans les relations sexuelles, ni d’ailleurs dans aucune relation humaine.
Cela étant dit (sans grande difficulté)… que faire ?
Tandis que sont proclamés des idéaux, tandis que sont votées, au nom de ces idéaux, des lois inapplicables et inefficaces, tandis que sont écrites des lettres ouvertes outrées, les prostitués continuent et continueront de travailler, bien souvent, vous le savez, dans les pires conditions.
Dans ma tribune, dont vous avez fait une lecture manifestement trop hâtive ou trop peu attentive, j’ai défendu :

  • le renforcement des moyens policiers pour lutter contre les réseaux d’esclavage et le proxénétisme,
  • le renforcement des moyens sociaux pour aider celles et ceux qui le souhaitent à quitter la prostitution,
  • une réglementation stricte afin d’aider les prostitués à exercer leur profession dans les moins mauvaises conditions possibles : la réouverture des maisons closes étant un moyen de parvenir à cet objectif,
  • un travail beaucoup plus vaste et profond sur les conditions qui amènent les femmes et les hommes à se prostituer : précarité économique, racisme, violences familiales, etc. Je suis convaincu que l’émancipation ne passe pas par le déni de la faculté de choisir, quand bien même s’agirait-il de « mal choisir », mais par un travail de fond sur les conditions dans lesquelles les choix sont faits.

Qu’il vous plaise de croire que ces idées font de moi un « macho » me stupéfie. En effet, je persiste à croire que 50 ans de politique abolitionniste, au nom de l’Idéal mais au mépris des réalités, n’ont d’aucune manière servi l’intérêt des prostitués. Il est peut-être temps d’admettre que la France a fait fausse route dans ce domaine et que les pays scandinaves, qui vous servent de modèle, ne ressemblent pas du tout à ce « monde sans prostitution » auquel il ne coûte rien de rêver.
Je vous remercie de l’attention que vous avez portée à ma contribution, et vous prie de recevoir, Messieurs, mes cordiales salutations.

Michaël MOGLIA

Réponse de Patric Jean, 31 juillet 2012
Monsieur,
Vous vantez les maisons closes qui portent bien leur nom. Je ne ferai pas insulte à l’élu que vous êtes en vous envoyant une bibliographie sur la manière dont ces lieux sont décrits par toutes les personnes prostituées qui y sont passées comme des territoires de violence absolue. C’est assez prévisible.Vous savez sans doute à quel point les services d’inspection du travail on le plus grand mal à faire respecter les lois dans les entreprises grandes ou petites. Penser que dans un bordel, les pouvoirs publics pourront imposer le respect du « travailleur » est proprement risible. En dehors même de tous les arguments de principe contre la prostitution que vous connaissez sans doute.
Il y a aujourd’hui deux camps qui s’opposent. Celui, dont je fais partie, qui pense qu’une loi, loin d’empêcher toute prostitution, donnera une nouvelle norme sociale et permettra de dire aux enfants qu’ils grandissent dans une organisation sociale où il est interdit de louer le corps d’autrui. L’autre camp est celui des mafias, de la finance occulte internationale, du blanchiment d’argent.
Celui-ci tremble à l’idée que l’on puisse faire baisser la demande avec une loi. Il a à son service toutes sortes de nervis prêts à prendre la plume pour défendre consciemment ou pas leurs intérêts.
Les socialistes ont historiquement défendu des utopies qui sont devenues réalités : abolition de l’esclavage, abolition du travail des enfants, abolition de la peine de mort. Il s’est toujours trouvé des gens pour affirmer que ces combats étaient inutiles et contreproductifs : ils n’ont jamais mérité le qualificatif de « socialiste ».

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