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5e rencontre nationale de Zéromacho

Compte rendu – 27 janvier 2018, à Malakoff

 « #MeToo, et après ? »

L’actualité du sujet s’est encore accrue grâce aux développements récents de #MeToo. Cette révolution à l’échelle mondiale s’accompagne d’une contre-révolution (en France, la tribune signée par Catherine Deneuve ; le fait de dire « délation » au lieu de « dénonciation »). Globalement, un processus est en route : la honte change de camp.

Nous avons examiné des situations de violences sexistes et proposé des réactions d’hommes de Zéromacho.

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Réactions d’hommes à #MeToo : une ignorance répandue

On n’entend pas d’hommes faire état de leur propre culpabilité dans des violences dénoncées par les femmes de #MeToo. Pourtant, il y avait au minimum chez eux une méconnaissance de ce sujet, une indifférence, une ignorance répandue des privilèges masculins.

Les comportements machistes, centrés sur la dégradation du féminin, sont banalisés, voire valorisés, témoin l’insulte si répandue « pute ».

Rares sont les hommes qui se rendaient compte de l’étendue de ces violences. L’un de nous le savait, car il avait découvert effaré que ses cinq premières petites amies avaient subi des violences graves.

Il y a longtemps que des femmes parlaient dans le désert, écoutées surtout par des féministes. Ce qui est nouveau, c’est 1. qu’elles soient des millions à « balancer » et 2. qu’on les écoute.

En général, les hommes ne voient pas, n’entendent pas, n’ont pas conscience du climat sexiste qui opprime les femmes. Savent-ils que tout homme dans l’espace public peut être perçu par elles comme une menace ? Ainsi, la nuit, dans une rue peu passante, un homme seul qui marche derrière une femme seule lui fait peur. La solution que nous proposons à l’homme : changer de trottoir.

Des précautions de langage

Éviter de réduire des femmes violentées ou violées à une identité de victime. Elles peuvent s’en sortir, il n’est pas fatal qu’elles soient marquées à vie. Par exemple, éviter de lui dire « ton viol », « ton violeur » ou « ton procès ».

Il est important de nommer comme tel l’agresseur, de qualifier avec précision son délit ou crime, au lieu de le minimiser, comme c’est souvent le cas dans le langage courant. Un « mec lourd » peut être plutôt un harceleur ou un agresseur sexuel. Une « main baladeuse », une « main au cul » ou un « baiser volé » sont des agressions sexuelles, punies par la loi.

Attention ! Une femme ne « s’est pas fait violer », elle a été violée, et c’est un crime, passible de 15 ans de prison, comme un meurtre. De même, elle ne se « fait pas » insulter, harceler ou agresser : elle est insultée, harcelée ou agressée.

Avoir présente à l’esprit la puissance symbolique du langage.

**

Nous avons distingué 2 types de situations et proposé des réactions de soutien témoignant de respect pour les femmes.

  1. Remarques sexistes entre hommes
  2. Insultes sexistes et agressions machistes d’un homme contre une femme devant un public mixte

Certains d’entre nous ont connu ou vécu des situations de racket à l’école : ils ont déjà pu réfléchir à des réactions possibles.

  1. Remarques sexistes entre hommes

Exemple 1. Dans un contexte de travail (ou dans un lieu public), une femme passe, et un homme commente son physique en s’adressant à un ou plusieurs autres : « C’est un sacré morceau, quel morceau, t’as vu le morceau ! » ; ou « Une fille en minijupe, c’est un appel au viol » ; ou « Elle a un beau cul », « Je la violerais bien », « Je lui giclerais bien dessus » « Je la défoncerais bien » (phrases authentiques, rapportées par des participants).

 Exemple 2. Dans un groupe d’hommes, en réaction à la proposition d’intégrer une femme : « Les femmes, c’est chiant, ça bavasse » ; « Pas de femme, ici, c’est pas un club de rencontres » ; (dans une situation d’embauche, si la femme est jeune) « Elle va nous faire un môme », « C’est l’âge où on pouline ».

 Exemple 3. Un homme fait des mimiques salaces à un autre en regardant une collègue : il se passe la langue sur les lèvres, et commente à voix basse son physique.

Observation préliminaire

Dans un groupe d’hommes égaux, il est difficile de se démarquer nettement, de se couper des autres en adoptant une position tranchée ; se placer à contre-courant ou être le seul de son avis peut être perturbant et facteur d’isolement. À plus forte raison dans le milieu professionnel, si l’auteur de la remarque est notre supérieur ; dans ce cas, mieux vaut éviter un conflit, dont les conséquences peuvent être dommageables pour le travail.

Objectif minimum : se désolidariser, échapper à la connivence masculine recherchée par l’auteur de la remarque.

 

Plusieurs techniques sont possibles :

  • Poser une question-écho, ou reformuler (on répète la remarque sur un ton neutre, ou on l’exprime autrement), ce qui peut amener l’autre à se rendre compte que ce qu’il a dit est dérangeant, sans qu’on ait eu besoin de l’expliciter.
  • Faire semblant de ne pas comprendre ce qu’il veut dire, même si on passe pour un idiot ! Lui demander à haute voix de s’expliquer afin de l’obliger à se justifier. S’il a parlé bas, lui demander : « Pourquoi tu ne parles pas plus fort ? » S’il a dit : « Elle est bonne », lui demander : « Tu veux dire “baisable’’ ? »
  • Exprimer son refus d’entendre des remarques aussi sexistes : « Tu abuses de parler comme ça ! » ; « Je ne peux pas t’entendre » ; « Les blagues de cul, c’est pas mon truc ».
  • Renvoyer à l’expéditeur : « T’aimerais qu’on parle comme ça de toi (ou d’une femme que tu aimes) ? »
  • Utiliser l’humour : pour celui qui se passe la langue sur les lèvres « Tu as mangé une glace ? »
  • Éviter de valider le comportement de l’agresseur, de rire de sa blague. Il cherche la connivence, il trouve le silence, un silence ostensible, obstiné. Une attitude réservée peut être très éloquente !
  1. Insultes sexistes et agressions machistes d’un homme contre une femme devant un public mixte

Dans la rue. Un homme apostrophe une inconnue : « T’as vu comment t’es habillée, tu cherches, t’es qu’une grosse pute ! »

Dans le métro. Un homme met sa main sur la cuisse d’une femme assise à côté de lui, qui semble mal à l’aise (à l’évidence, ils ne se connaissent pas).

Que faire ? Comment réagir, trouver la réponse appropriée à la situation ?

But : créer un lien de soutien, d’alliance avec la victime.

Précaution : éviter de lui ajouter du stress.

Il est normal d’avoir peur d’une confrontation physique, qui risque de devenir violente. Rien n’oblige à affronter l’agresseur. On fait comme on peut, comme on se sent.

Si on est costaud ou pratiquant d’arts martiaux, il peut être tentant de jouer le chevalier blanc au secours de la pauvre femme, ou d’affronter l’agresseur sur le mode de « deux coqs se battant pour une poule » (encore faudrait-il savoir si ça correspond au désir de la femme). En cas d’urgence, la victime sera sauvée, et c’est l’essentiel.

Si on a un peu de temps, il est important d’aider la femme à trouver sa propre réaction, d’éviter de penser à sa place : désire-t-elle être protégée par un inconnu ? (On connaît des cas où une intervention dans une violence de couple se retourne contre l’aidant.)

Il est risqué d’agir seul. Y aller à plusieurs. Dans une voiture de métro, parmi des passants sur le trottoir, regarder des gens dans les yeux et leur dire « On y va ? » Lancer un appel général n’est pas productif, les gens peuvent être sidérés ; il faut les interpeller personnellement, et leur proposer quelque chose : « Ça ne peut pas continuer, il faut faire quelque chose !  J’y vais ; vous venez avec moi ? »

Prévenir le contrôleur, ou les autorités du réseau par la borne d’appel sur le quai. Ou demander à quelqu’un de le faire. Dans un cas très grave de violence extrême, tirer le signal d’alarme.

Plusieurs réactions possibles, selon son tempérament, selon les circonstances, comme on le sent.

  • Ne pas détourner le regard. Regarder l’homme, la femme, la main sur la cuisse, fixement, avec insistance, en témoin attentif.
  • S’adresser à la femme en ignorant l’agresseur, lui demander si elle va bien, ce qui la place en position de sujet. « Ça va, madame ? » S’asseoir à côté d’elle.
  • Fixer l’agresseur, debout, en se tenant bien droit, les bras croisés. Lui dire fermement : « La dame a pas l’air d’accord »
  • Distraire l’attention de l’agresseur, interrompre son action en s’adressant à lui à propos d’autre chose, en lui demandant une information : « Pardon, monsieur, quelle heure est-il ? », « Faut descendre où, pour la ligne 14 ? » Cela détourne un instant son attention, ce qui peut donner à la victime le temps de s’éloigner. Cela peut mettre l’agresseur dans une relation d’aide à un inconnu qui le sortira de son schéma d’agression.
  • Se tenir debout fermement près d’eux. Devenir un obstacle, s’interposer dans cette relation à deux. Dire à l’agresseur : « On va en rester là. Ça va comme ça. »
  • Filmer, photographier, enregistrer l’agression. Prévenir l’agresseur qu’on a des preuves. Dire à la victime : « Si vous voulez porter plainte, je suis témoin. »
  • S’adresser à l’agresseur en lui proposant une réflexion empathique : « Tu aimerais qu’on te parle comme ça, ou qu’on te fasse ça ? »
  • Toucher la cuisse de l’agresseur, lui faire la même chose, afin de le mettre dans une position désagréable et qu’il comprenne la violence de son geste.
  • Faire semblant de connaître la victime en lui disant bonjour et ainsi détourner l’agresseur de sa victime. Inconvénient : la victime peut se sentir manipulée entre deux hommes. Plus facile à faire par une femme : « Ah ! Chantal, ça fait longtemps que je ne t’avais pas vue ! Tu viens, on va aller par là », et on l’entraîne loin de l’agresseur.

***

Conclusion

 On apprend aux filles à se défendre, il faudrait aussi apprendre aux garçons à ne pas attaquer. Élever nos fils autant que nos filles dans une culture non machiste. Valoriser des attitudes non machistes.

Oser protester quand on est témoin d’une agression en famille.

En cas de violence grave, se taire, c’est être complice, c’est commettre le délit de non-assistance à personne en danger.

Connaître par cœur et diffuser les numéros d’écoute nationaux :

Le 119 pour les enfants en danger ou en risque de l’être.

Le 3919 pour les femmes victimes de violences.

Propositions

Envisager un travail collectif pour rédiger plus précisément les résultats de ce premier travail, comme pour les FAQ de Zéromacho sur la prostitution et sur l’égalité.

Pour faire l’apprentissage de la réaction la mieux adaptée à la situation, faire jouer des situations par une troupe de théâtre ; utiliser les méthodes du théâtre-forum, de la conférence gesticulée.

Puis, quand la question du sexisme sera résolue, on pourra sur la lancée passer à l’homophobie et au racisme…

À lire aussi :

 faq_couv_fr

 

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